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Conjoncture: vers la fin des subventions des produits pétroliers ? 

L’année qui commence ne sera certainement pas facile pour les Camerounais du fait d’un renchérissement inéluctable du coût de la vie avec de nouvelles impositions fiscales contenues dans la Loi de finances 2023, mais aussi des incertitudes liées  à la problématique des subventions des produits pétroliers.

Des subventions déjà au centre des divergences entre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI) car selon Bretton Woods, l’Etat ne devrait plus supporter cette charge au risque de compromettre la réalisation du programme économique et financier dans le cadre de la revue des accords au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du Mécanisme élargi de crédit (MEDC).

Au regard de l’environnement international dont les crises multiformes impactent sur l’économie nationale à quoi il convient d’ajouter des aléas endogènes, difficile de savoir si l’Etat comme en 2022 pourra subventionner les hydrocarbures à hauteur de 775 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars), soit près de 700 milliards de Francs CFA (1,1 milliard de dollars) au titre des subventions pour les carburants et 75 milliards de Francs CFA (122 millions de dollars) pour le gaz domestique.

Dans son message de vœux à la nation le 31 décembre dernier, le chef de l’Etat Paul Biya s’en est publiquement inquiété, soulignant que  « pour garantir l’approvisionnement régulier du marché domestique en produits pétroliers et en gaz domestique, il a fallu augmenter le volume des subventions publiques, au prix d’importants efforts budgétaires ». Et le président camerounais d’ajouter « cependant, il est de plus en plus évident que notre pays, comme bien d’autres en Afrique et ailleurs, ne pourra pas indéfiniment échapper à un réajustement des prix des produits pétroliers, si nous voulons préserver nos équilibres budgétaires et poursuivre sereinement la mise en œuvre de notre politique de développement ».

Le pays exposé à une crise sociale

Ce qu’il faut retenir en filigrane, la fin des subventions des carburants n’est pas encore officiellement actée, mais les Camerounais doivent s’attendre à tout. Compte tenu des contraintes budgétaires, l’Etat pourrait difficilement continuer de supporter la note salée des subventions des produits pétroliers. Toutefois, faute d’alternative efficace, une telle décision débouchera de manière inévitable à la hausse des carburants et du gaz domestique avec de lourdes conséquences sur le plan socioéconomique.

Sans ces subventions insistent les pouvoirs publics, depuis janvier 2022, le litre d’essence à la pompe devrait passer d’une moyenne nationale de 700 à 1140 FCFA, celui du gasoil à plus de 600 à de 850 FCFA et la bouteille de gaz domestique de 6500 FCFA à 9000 FCFA. Une hausse cumulée d’environ 40 % susceptible d’entrainer une inflation déjà galopante qui cumule à 4,6% bien au-delà du seuil de 3% admis en zone CEMAC.

Malgré les subventions, des pénuries de carburants et de gaz domestique font de temps en temps surface. Des perturbations attribuées au circuit d’approvisionnement, d’autant que depuis l’incendie en mai 2019 des installations de la Société nationale de raffinage (SONARA), l’unique raffinerie du pays, le Cameroun est contraint d’augmenter le stock des importations pour approvisionner le marché local.

Tout laisse croire que si le dossier des subventions des carburants n’est pas géré avec efficacité, le Cameroun risque de connaître une crise sociale aux conséquences imprévisibles, surtout que face à cette problématique, les pouvoirs publics peinent à proposer une alternative crédible.

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