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CEMAC : la Banque de France revendique un meilleur contrôle de la BEAC

La coopération monétaire entre les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la France est loin d’être un long fleuve tranquille. Pendant que des voix s’élèvent pour la suppression, ou tout au moins la révision de ces « accords coloniaux » qui seraient désavantageux pour l’Afrique, l’ex métropole ne semble pas prête pour abandonner son tutorat.

Pour preuve, aux lendemains de la 15è conférence des chefs d’Etat de la CEMAC le 17 mars 2023 à Yaoundé, la Banque de France sur autorisation du ministère français de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique est sortie de sa réserve. Dans une correspondance adressée le 09 mai 2023 au ministre congolais des Finances et du Budget Jean-Baptiste Ondaye – réceptionnée le 06 juin dernier à l’agence BEAC de Paris-, en sa qualité de président du comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) et président du conseil d’administration de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), la Banque de France « demande l’inscription d’un point à l’ordre du jour du prochain conseil d’administration de la Banque des Etats de l’Afrique centrale ».

Dans cette correspondance, William Roos et Bruno Cabrillac, administrateurs pour la France au sein de la BEAC, affirment que les nominations entérinées récemment par les chefs d’Etat de la CEMAC sont contraires aux dispositions en vigueur régissant les statuts de la Banque centrale. « Ces nominations, en vertu de l’article 51 des statuts de la BEAC (le vice-gouverneur, le secrétaire général et les directeurs généraux sont nommés dans les mêmes conditions que le gouverneur pour un mandat de six ans non renouvelable), doivent faire l’objet d’un avis conforme préalable du conseil d’administration statuant à l’unanimité ».

Selon toute vraisemblance, les administrateurs de la Banque de France n’auraient pas été consultés lors des récentes nominations, ou tout au moins, leur avis n’aurait pas été pris en compte par les Etats de la CEMAC qui ont décidé de « passer en force ». Dans ce contexte, « afin de procéder à ces nominations dans le respect des responsabilités respectives du conseil d’administration et du comité ministériel, telles qu’elles ressortent des statuts de la BEAC, nous sollicitons l’inscription de ce sujet à l’ordre du jour du prochain conseil d’administration pour discussion et décision sur l’avis conforme ».

A en croire des analystes, cette sortie des représentants de la France siégeant au conseil d’administration de la BEAC révèle en filigrane, des enjeux qui tournent autour de la révision des accords de coopération monétaire entre les pays de la CEMAC et la France avec entre autres issues, la sortie de la zone Franc par les pays de la CEMAC ainsi que l’abandon du Franc CFA comme monnaie d’usage. Quoi de plus normal pour la France d’accentuer la pression. Aussi, « nous souhaitons également attirer votre attention sur la nécessité que les futures nominations au gouvernement de la Banque respectent les statuts de la BEAC et notamment l’ordre des consultations et avis prévus par les textes ».

Compte tenu du clair-obscur qui a souvent entouré les relations franco-africaines, tout laisse croire que beaucoup d’eau va couler sous le pont avant la prochaine échéance.

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