Culture et Société

Inauguration de la Maison de la culture Sawa : « Je vais au Ngondo »

L’affluent du Wouri qui séparait les Bonambela des Doo Doo s’appelait « Ngondo ». Le cours d’eau ou la rivière Ngondo transitait par la «Beseke » pour retrouver le fleuve d’Ewoli devenu le fleuve Wouri. L’exclusif lit au monde, des « mbea towè »

Par Michèle ESSO*

Faut-il le préciser, c’était le lieu commerçant par excellence – À l’origine, c’était l’espace marchand, devenu ensuite celui des comptoirs

coloniaux. De nos jours on note bien l’emplacement du port de Douala dans son prolongement et de la franchise douanière. Les rives du Ngondo offraient une magnifique plage. Lors des marées basses, tous les riverains s’y retrouvaient pour des moments heureux que seuls les rives et l’air marin peuvent offrir.

Les monarques de l’époque, Ngand’a kwa et Belè ba Doo, ont décidé d’installer à cet endroit, (aujourd’hui dénommé place de la Besseke), les rencontres annuelles du Culte de l’eau. C’était devenu le véritable chantre de la mystique, des rites traditionnels des Sawa, et c’était également le lieu de la résolution des conflits, de la justice issues de nos us et coutumes. Nous pouvons évoquer à titre d’exemple, la condamnation à mort d’Eyum Ebele, l’ancêtre éponyme des Deïdo, qui, fort de son courage a donné de sa vie pour sauver celle de son neveu, Le 7 décembre 1876, Eyum Ebele King Deido 1er va être fusillé conformément aux dispositions de la loi « Dibombè » encore appelée la loi du talion institué par le Ngondo -On peut également évoquer le sort réservé à Malobe vaincu par Ngomninga.

Le Palais de la culture Sawa, comme inauguré le 14 décembre 2023, par le Maire de la ville Dr Mbassa Ndine, devant un riche parterre, est un joyau qui vous appartient, aussi loin qu’une infime goutte de sang sawa coule dans vos veines. Sa rencontre avec tous les peuples d’ici et d’ailleurs n’est que la miniature symbolique de l’hospitalité légendaire de ce peuple – C’est indubitable. Son emplacement n’est donc pas hasardeux et nous ramène aux fondamentaux du Ngondo et à notre histoire.

Le choix d’une DUP en son temps (1921) à cet endroit et l’assèchement de ce bras du wouri pour y installer de la ferraille, des rails et la gare de Douala, n’avait pas qu’un objectif de développement économique mais subtilement affaiblir la puissance mystique du Ngondo (Assemblée traditionnelle) et si possible de complètement l’enrayer. Alors que le Ngondo, cette fois l’institution traditionnelle, culte traditionnel et initiatique, cassait les pieds au colons et à l’administration locale de l’époque, quelques suspensions successives, chacune pour des raisons liées à la résistance et à la peur de la société secrète, laquelle était alors très forte, crainte et puissante. Elle est jugée frondeuse. Mais elle est une organisation hautement respectée et coercitive à son peuple, ce qui a fait naturellement ombrage à l’organisation coloniale.

Personnalités emblématiques

La lutte qui a opposé le Ngondo et l’administration territoriale en poste à Douala, pendant les années 2007 jusqu’à l’arbitrage du Chef de l’Etat en 2009, en restituant au Ngondo ce lieu, nous recommande vivement

aux souvenirs des regrettés S.M. René Bell rois du Canton Bell et de son secrétaire général de l’époque, le Prince Mony Mony Akwa II… Les rois et majestés de ce temps- Des personnalités emblématiques ! Mais aussi à tous les autres contemporains toujours en vie, acteurs visibles et invisibles pour la restitution de ce lieu. Rien ne fût fait au hasard – Le Ngondo 2009 a eu d’ailleurs pour thème cette année-là « Nguiny’a mulema », « Extraits de l’époque « La fête s’annonce plus belle cette année avec la restitution au peuple sawa du site querellé de Besséké qui a fait au mois d’août dernier l’objet d’une marche pacifique et d’un rite mystico-réligieux à la vallée de l’ancienne gare de Douala. En reconnaissance de la décision prise par le président de la République Paul Biya, le Ngondo a tenu une assemblée générale extraordinaire au parc des princes de Koumassi le 31 octobre dernier. Près de 5000 personnes dans leur chatoyante tenue traditionnelle ont pris part à cette assise convoquée par le président en exercice, le prince René Douala Bell, entouré de tous ses pairs.

Dans son propos, le prince a déclaré avec enthousiasme que « ce n’est pas souvent qu’il nous est donné de recevoir une bonne nouvelle ici chez nous. » En décidant de restituer au Ngondo le site de Besséké, « le chef de l’Etat S.E. Paul Biya a, une fois de plus manifesté sa constante sollicitude à l’endroit du peuple sawa. ». Mais a-t-il encore souligné, « la rétrocession de ce terrain ne doit pas occulter les graves problèmes fonciers que nous connaissons ici à Douala et pour lesquels nous devons pouvoir compter toujours sur le chef de l’Etat ».

Maintenant le challenge reste entier. Le Ngond’a sawa doit désormais mettre les bouchées doubles pour construire un complexe devant abriter son siège, et un parc d’attractions. Aussi, toutes les forces vives sawa sont appelées à mettre profondément la main à la poche, toutes les intelligences sont sollicitées pour rassembler leurs contributions de toute nature nécessaires à l’édification de ce complexe. Ce n’est pas aux

Sawa qu’on apprendrait les vertus de l’union sacrée (dia nongo dia nongo a sima loisanè bwala ba pai).

Autrement dit, la vélocité d’une pirogue est fonction de la force des bras de ses rameurs. » Vous connaissez donc désormais l’origine du nom Ngondo et pourquoi le Palais de la Culture Sawa ne pouvait être ailleurs que là, à la Beseke.

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