Economie et Finance

Hausse des prix des carburants : Vers une inflation généralisée

La hausse des prix des carburants est effective depuis ce 03 février 2024 a annoncé le Gouvernement dans un communiqué au terme d’une « concertation de forme » avec des syndicats et des associations de consommateurs. En réalité, il s’agit d’une augmentation attendue, car annoncée par le chef de l’Etat Paul Biya le 31 décembre dernier dans son message à la Nation à l’occasion de la fin d’année 2023 et des vœux du nouvel An 2024.

De manière concrète, c’est une hausse de 15% pour l’essence super et le gasoil dont les prix passent respectivement de 730 FCFA le litre à 840 FCFA soit une variation à la hausse de 110 FCFA et de 720 FCFA à 828 FCFA le litre, ce qui correspond à une hausse de 108 FCFA. Pour le reste, les prix des autres produits restent inchangés, notamment le pétrole lampant dont le litre est maintenu à 350 FCFA et le gaz domestique dont la bouteille classique de 12,5 kilogrammes revient à 6500 FCFA. On se souvient que le 1er février 2023, le Gouvernement a procédé à un réajustement des prix de carburant, le litre de l’essence super à la pompe étant passé de 630 FCFA à 730 FCFA, soit une variation à la hausse de 100 FCFA pour une augmentation en valeur absolue de 15,8%. En l’espace d’un an, force est de constater que les prix de l’essence et de gasoil à la pompe ont connu une hausse cumulée moyenne de 25%.

Malgré une revalorisation des salaires de 5% pour les fonctionnaires et les agents de l’Etat et en dépit d’une légère hausse du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui est passé de 36 270 FCFA à 41 875 FCFA pour les agents de l’État relevant du Code du travail (CT) qui avait suivi pour atténuer le choc, l’on a assisté à une inflation galopante qui s’est située « officiellement » autour de 7% en 2023. Parce que les mêmes causes vont sans doute produire les mêmes effets, il est évident qu’avec cette nouvelle hausse des prix des carburants, l’inflation devrait rester sur une courbe ascendante, ce qui fait craindre une inflation généralisée.  

Globalement rapportent des témoignages concordants, les prix des produits ont connu une forte hausse ces derniers mois, indépendamment du secteur d’activité. Il va sans dire que la première conséquence de cette revalorisation des prix des carburants va se répercuter sur le secteur des transports, celle-ci devant certainement provoquer un effet domino. De quoi donc rester dubitatif sur l’efficacité des « mesures d’accompagnement » annoncées par le Gouvernement pour contenir l’inflation, entre autres, la revalorisation à 5% des revenus des agents publics, une augmentation du SMIG ou encore l’allègement de certaines charges fiscales et douanières dans le secteur du transport routier.

Mis sous pression par le Fonds monétaire international (FMI) qui préconise la fin des subventions des produits pétroliers en vue de permettre la réalisation du programme des réformes économiques et financières, le Gouvernement camerounais dont l’économie est en réalité sous Programme ajustement structurel (PAS) imposé par Bretton Woods, fait feu de tout bois pour essayer de garder une marge de manœuvre. Ainsi, « la subvention des produits pétroliers, qui était de plus de 1000 milliards de Francs CFA en 2022, a été réduite à environ 640 milliards de Francs CFA en 2023 », indiquait le chef de l’Etat dans son adresse de fin d’année à la Nation, ce qui laisse croire qu’avec cette nouvelle augmentation des prix des carburants, cette subvention serait autour de 300 milliards de FCFA.

Tout laisse croire que le Gouvernement qui semble plus que jamais avoir les mains liées pourrait continuer d’appliquer « bêtement » des instructions du FMI. Une politique d’austérité qui renforcera indubitablement la démocratisation de la pauvreté et de la misère dans un pays où 56% des ménages vivent sous le seuil de la pauvreté selon un rapport de la Banque mondiale (BM). Pourtant, les populations attendent toujours les retombées découlant de la politique de « réformes » imposée par le FMI et ses alliés.

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