Editorial

Paul Biya et la scène

Par Achille MBOG PIBASSO

2025, c’est déjà demain. Année électorale au Cameroun avec dans l’agenda politique le double scrutin législatif et municipal, mais également et surtout, l’élection présidentielle qui cristallise des attentes et suscite des passions. Plus l’on se rapproche de la date, plus il y a une fixation sur le Président de la République. Paul Biya se représentera-t-il ou pas ? C’est la grosse question qui est sur toutes les lèvres. Ce questionnement ne vient pas seulement des acteurs politiques, mais aussi du citoyen lamda.

Constitutionnellement, Paul Biya a le droit de se représenter Ad vitam aeternam, le verrou de la limitation de mandats ayant sauté après la modification de la Constitution en 2008. Mais qu’est-ce qui fait donc problème pour que le débat tourne essentiellement autour de l’avenir politique du Chef de l’Etat ? Est-ce à cause de son bilan ? Est-ce parce que son projet de société ne répond pas aux aspirations de ses compatriotes ou tout simplement parce qu’il a trop duré au Pouvoir, cumulant déjà 42 ans de magistrature suprême ? Pour nombre d’analystes, ce qui semble susciter ce débat serait son âge de Patriarche. 91 ans sonnés depuis le 13 février dernier.

Toutefois, il ne faut pas s’y méprendre, car en réalité, l’avenir politique de l’actuel locataire du palais d’Etoudi intéresse davantage le camp présidentiel que l’opposition. S’il est vrai que cette dernière espère une alternance en l’absence de Paul Biya, la guerre de succession qu’on croit plus ou moins larvée est plutôt féroce dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Ici, des ambitions sont nombreuses, sauf que – pour l’instant- personne n’a le courage de défier publiquement le Chef. Résultat, tout le monde préfère verser dans l’hypocrisie appelant à hue et à dia à la candidature du grand timonier à la prochaine élection présidentielle. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le contenu des messages des militants et sympathisants du parti « proche » du pouvoir lors de la commémoration le 24 Mars 2024 du 39è anniversaire du RDPC. Partout, c’était dithyrambique pour le promoteur du Renouveau national. Ledit message tourné en boucle est « la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle de 2025 ».

Evidemment, pendant que ses camarades se livrent sans conviction à de telles orgies, le principal concerné décrit comme un sphinx – donc loin d’être naïf -, préfère leur répondre par un « silence présidentiel » dont lui seul détiendrait le secret. Maître du temps ou des horloges ? Qu’on se le dise clairement, Paul Biya est conscient plus que quiconque que le temps joue déjà contre lui. Mais en fin tacticien, il préfère plutôt regarder la scène se déployer, sans rien dire car il sait que son mot est d’or. Lui sait sans doute de quoi son « avenir » politique est fait.

Mais, au-delà d’un légalisme pur et dur de la loi ou d’un rigorisme de la morale, voire d’un machiavélisme qu’on prête généralement aux Gouvernants, il y a des contextes qui nécessitent une anticipation, mieux, un pragmatisme rigoureux dans la prise de décisions surtout quand l’intérêt général est en jeu.  Et c’est sur cet aspect que les yeux sont rivés sur le Président de la République. Cependant, ce qui est plus choquant, c’est quand des moralisateurs de dimanche se livrent à cette tragi-comédie pour des intérêts partisans ; malheureusement, ils ont pratiquement pris le pays en otage, bafouant publiquement l’éthique, la raison et le bon sens, y compris les « hautes instructions » du Chef. Conséquence, les Camerounais dans leur écrasante majorité doivent se battre bec et ongle contre la cherté de la vie, avec une inflation galopante qui pourrait se situer au-dessus des 7% de l’année dernière.

Tout laisse croire que le gouvernement est à court d’idées, tétanisé, voire dépassé par des évènements d’où cette navigation à vue. Le mince espoir avant la présidentielle de 2025 qui capte tous les esprits, serait que le Chef de l’Etat reprenne véritablement la main en nettoyant autant que faire se peut des écuries d’Augias tant le constat d’échec se dégage un peu partout. In fine, un conseil gratuit à ceux qui pensent déjà détenir les leviers de Pouvoir. Un lion qui sort d’un repos peut être aussi féroce qu’un lion qui a faim. Attention, la dernière (?) balle du Shérif pourrait faire mal, très mal.

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