Culture et Société

Carte Nationale d’Identité : L’innovation qui divise

Le nouveau système d’identification censé résoudre le sempiternel problème de la non-disponibilité des CNI est adossé sur une taxation exponentielle du timbre qui passe de 2800 FCFA à 10000 FCFA.

Se faire établir une Carte Nationale d’Identité (CNI) en deux jours, voire en un jour, c’est l’objectif décliné par les autorités camerounaises à travers l’implémentation du nouveau système d’identification sécuritaire. Visiblement d’une assertion populaire selon laquelle « on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs », la nouvelle CNI coûtera chère, très chère même puisque l’on devrait partir d’une moyenne de 5000 FCFA à environ 15000 FCFA pour l’établissement d’une CNI.

Pour la matérialisation de ce projet, le Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguelé, a posé le 19 juin 2024, la première pierre du Centre de production des titres identitaires de Yaoundé. Même exercice à Douala et Garoua, où les gouverneurs du Littoral et du Nord ont procédé au lancement des travaux des centres annexes. Le lancement des travaux intervient aux lendemains de la signature le 13 mai dernier d’un contrat de partenariat entre la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) et le président-directeur général du consortium germano-portugais Incm-Augentic, Labinot Carreti, un contrat pour le financement, la concession, le développement, la mise en service et l’exploitation d’un nouveau système d’identification sécuritaire au Cameroun. Ce projet permettra « la délivrance diligente de la carte nationale d’identité et autres titres identitaires en 48 heures », a précisé Martin Mbarga Nguélé.

Le partenariat devra s’étendre à la production et la délivrance des cartes nationales d’identité, les cartes de séjour, de résident, de refugié, des cartes professionnelles de police et des cartes nationales d’invalidité. Pour plus d’efficacité, en plus des centres de production cités en sus, les pouvoirs publics projettent de construire 68 centres multifonctionnels ultramodernes de production des titres d’identité dans les 10 régions et les 58 départements du pays. L’on prévoit aussi l’aménagement de 25 postes d’enrôlement, de grands centres d’identification avec une capacité de 15 à 20 postes d’enrôlement. Egalement au programme, la rénovation des postes d’identification existants installés dans les commissariats de sécurité publique, et l’aménagement de nouveaux postes d’identification dans les localités du pays qui n’en disposent pas.

Au cours des quinze dernières années, c’est pour la troisième fois que le Cameroun révise son système d’établissement des CNI. Après le Française Thalès qui avait produit des CNI pendant une dizaine d’années dans le cadre du Système de sécurité de la nationalité camerounaise (SENAC) coordonnée par la police nationale, son contrat avait été résilié en décembre 2014, avant de céder la place en juillet 2017, à la firme Gemalto rachetée deux ans plus tard, par le même Thalès.

Ces dix dernières années, se faire établir une CNI constitue la croix et la bannière. Si la constitution du dossier est relativement acceptable, tel n’est pas le cas pour ce qui est de la délivrance du précieux sésame. L’attente va jusqu’à un, deux, trois, quatre voire cinq ans, alors que la durée de vie d’une CNI est de dix ans. Des citoyens se ruent dans les commissariats et les postes de police dans l’espoir de retirer leur CNI se voient renouveler leur récépissé de dépôt ad vitam aeternam, alors que ces récépissés ne sont pas acceptés comme CNI par certaines administrations. Une situation préjudiciable et dont la responsabilité incombe entièrement aux autorités. De quoi espérer que la délivrance   d’une CNI en deux jours comme indiqué par le DGSN n’est pas un fait d’annonce.

En attendant ce qui en sera  dès janvier 2025 étant donné que les premiers centres de production devraient être opérationnels en décembre prochain, une autre annonce est venue alimenter l’actualité, l’instauration du timbre pour l’établissement de la CNI à 10000 FCFA, contre 1500 FCFA actuellement. Une hausse exponentielle qui fait dire à certains observateurs que les autorités ont opté de vendre la citoyenneté à leurs concitoyens.

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