Editorial

Prise de conscience

Des sujets qui alimentent le quotidien des Camerounais ne sont certainement pas nouveau. Qu’il s’agisse de l’actualité politique, économique, sociale ou culturelle, c’est un éternel recommencement à quelques exceptions près qui donne le sentiment de revivre une rediffusion. Pour l’essentiel, ce sont des actes manqués dont la récurrence participe malheureusement à la négation de la morale et à la déconstruction des relations humaines.

A l’aube de 2025, année marquée par un agenda politique chargé avec le double scrutin législatif et municipal et surtout l’élection présidentielle qui cristallise toutes les attentions, l’actualité politique se démarque par une passe d’armes entre le Pouvoir et l’opposition. Le Ministère de l’Administration territoriale et les partis politiques de l’opposition sont engagés dans une contradiction permanente qui pourrait déboucher sur une confrontation aux conséquences sociopolitiques imprévisibles. En effet, des responsables politiques reprochent à l’Administration de faire feu de tout bois pour les empêcher de mener convenablement leurs activités. Entre le refus d’organiser des meetings publics, des congrès et diverses manifestations à l’instar de la participation au défilé d’une part, et des tentatives de diviser de leurs formations politiques en entretenant ou en encourageant le bicéphalisme et d’autres formes de destruction d’autre part, ces griefs ne manquent pas de fondement.

Autrement dit, le jeu de l’Administration consiste à créer et à maintenir le trouble et le désordre au sein des partis politiques représentatifs pour laisser libre-court au parti présidentiel. Même si l’Administration s’en défend comptant sur les cinq doigts de la main l’interdiction des manifestations qui frapperait également le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), celle-ci peine à convaincre. Pourtant, à y regarder de près, le RDPC dispose assez d’arguments pour pouvoir se défendre tout seul. Pendant que les Gouvernants font preuve de condescendance devant une population appauvrie, le Peuple n’a véritablement pas conscience de détenir le Pouvoir souverain à même d’inverser la donne.

Sur le plan économique, l’on n’est pas non plus logé à bonne enseigne. Malgré la création d’un nouveau patronat sensé fédérer les principales organisations patronales, des divisions persistent avec des affaires pendantes devant les tribunaux. Alors qu’on attend des créateurs de richesses une dynamique visant une compétitivité plus accrue de l’économie nationale, ceux-ci ont jeté leur dévolu pour les prétoires et autres combats futiles. Un climat peu propice à l’investissement privé consciemment et inconsciemment entretenu par les Pouvoirs publics qui voguent dans une sorte de navigation à vue là où ils devraient servir de boussole. Conséquence, l’inflation continue sa marche galopante faute d’une réponse idoine dans un environnement déjà difficile. Dans ce contexte, des perspectives économiques restent incertaines tandis que le déficit de la balance commerciale n’a eu de cesse de s’alourdir pour franchir la barre de 2000 milliards de FCFA.

C’est dire qu’au-delà d’un certain discours politique magnifiant l’import-substitution comme alternative à la dégradation de la balance commerciale, le Made in Cameroon (MIC) a encore du chemin. Le pays importe les principaux produits alimentaires de grande consommation, alors qu’il dispose de réelles potentialités pour produire localement non seulement pour nourrir sa population, mais également pour assurer des exportations. Finalement, le Cameroun n’est-il pas ce géant au pied d’argile victime d’un manque de vision ou de pragmatisme de ses dirigeants ? Quand se réveillera-t-il pour devenir une locomotive économique en Afrique et au-delà ? Le temps des discours n’a que trop duré. Il est impératif de passer à l’action. Ce qui suppose que le Peuple souverain doit prendre son Destin entre ses mains. A défaut de cette prise de conscience qui devrait amener la foule à faire foule, tout le reste n’est que jactance. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *